Sous les ponts routiers, les viaducs et les voies ferrées surélevées, les villes laissent souvent des bandes de terrain sombres, bruyantes et sans usage. Partout dans le monde, des concepteurs en font des terrains de basket, des skateparks ou des aires de jeux abritées. Six réalisations, de Shanghai à Toronto, montrent comment transformer un délaissé en lieu où l'on bouge.
- Le tablier d'un pont est un toit gratuit : il protège du soleil, de la pluie et parfois de la neige.
- Une activité intense et visible (skate, basket) chasse les usages indésirables mieux qu'une clôture.
- Couleur, lumière et assises sont les trois leviers qui font oublier l'ombre et le béton.
Pourquoi aménager le dessous des infrastructures pour le sport et le jeu ?
Parce que c'est du foncier déjà disponible, au cœur des quartiers où les terrains libres manquent. Ces bandes longues et sombres ont des atouts : un abri contre les intempéries, peu de voisins directs à gêner et un flux de passants. Restent à traiter la pollution, la faible hauteur et la sensation d'enfermement.
The Happy Spot under the Light Rail
Sous le viaduc de la ligne 3 du métro de Shanghai, VIASCAPE design a transformé une bande de 200 mètres de long et de 18 à 26 mètres de large, achevée en 2025. L'enquête menée auprès des habitants a fait ressortir une demande de sport gratuit et sans réservation, alors qu'un grand parc sportif, en partie payant, se trouve à quelques centaines de mètres. Le site accueille désormais basket, badminton, football à cinq, tennis de table, agrès et jeux d'enfants, répartis en trois zones de couleur selon la hauteur des filets : bleu clair pour les terrains, rose pour le ping-pong, jaune pour les petits. Les activités les plus intenses ont été éloignées de l'extrémité ouest, sous le périphérique intérieur, là où la pollution est la plus forte.



Conception : VIASCAPE design · Photos : Shan Liang · Source
The Under Space Revival
À Surat, l'agence Aangan Collaborative a reconverti en 2025 un espace inutilisé sous un viaduc routier, sur 1 025 m². Les architectes le décrivent comme un lieu « démocratique » de jeu et de pause. Sur les photos, on voit un long volume fermé par des cadres métalliques jaunes et des panneaux translucides, qui laissent passer la lumière tout en isolant de la rue. À l'intérieur, des salles successives accueillent badminton, tennis de table et billard, reliées par une allée au sol rouge et gris tracé de lignes blanches sinueuses. De grandes fresques colorées habillent les piles du pont, et des gradins permettent de s'asseoir.



Conception : Aangan Collaborative LLP · Photos : Vreidarch studio (Shivam Vasava) · Source
Crèche sous la voie ferrée de Machiya
Dans l'arrondissement d'Arakawa, Takahiro Akiyama Architects et Atelier HMC ont glissé en 2018 une crèche de 460 m² sous une ancienne voie ferrée surélevée, haute d'environ 3,9 mètres sous les poutres. Un toit de 67 mètres de long unifie l'ensemble. Les salles sont réparties en trois groupes autour d'une cour de jeux recouverte de gazon synthétique, avec une butte, des filets et des tunnels suspendus. Les concepteurs retournent le principal défaut du lieu : le viaduc sert de premier toit et protège les enfants du soleil d'été, tandis que la toiture renvoie la lumière vers le plafond de béton. La cour devient utilisable même lors des fortes chaleurs.



Conception : Takahiro Akiyama Architects + Atelier HMC · Photos : Atsushi Ishida · Source
Skatepark sous le pont Fabiani
Le pont Fabiani porte une voie rapide à quatre voies et, à l'étage inférieur, un passage piéton. Sous son extrémité sud restait une poche couverte, sans surveillance, devenue un lieu de consommation de drogue et de squat. Pour la Ville de Ljubljana, Scapelab y a installé un mini-ramp en béton conçu avec des skateurs, prolongé par une zone plate avec boxes et rails. Au départ, il fallait demander la clé à un gardien, source de conflits. La ville a fini par laisser le lieu ouvert : seul skatepark accessible jour et nuit toute l'année, à l'abri de la pluie et de la neige, il est vite devenu très fréquenté. La présence constante des pratiquants a suffi à faire disparaître les usages indésirables.



Conception : Scapelab · Photos : Miran Kambič · Source
Parc urbain sportif de Baró de Viver
Coincé dans l'échangeur de la Trinitat, au bord du Besòs, ce terrain cumulait bruit, stationnement sauvage et marginalité. SCOB a dessiné en 2016 un parc de glisse dont les courbes reprennent celles des bretelles qui l'enjambent : on y trouve des modules de street (murets, plans inclinés, escaliers, rails), un pumptrack, un snake run et d'autres éléments sculptés. Le projet a été conçu avec le district de Sant Andreu et une commission de voisins, pour accueillir enfants débutants, parents, adolescents et adultes.


Conception : SCOB Architecture & Landscape · Photos : Adrià Goula · Source
The Bentway
Sous la Gardiner Expressway, l'agence Public Work transforme un ruban de 1,75 kilomètre en espace public qui relie sept quartiers. Le projet a été financé par un partenariat entre la Ville de Toronto et deux philanthropes, Judy et Wilmot Matthews, qui ont apporté 25 millions de dollars. Sa pièce maîtresse est un sentier de patinage de 220 mètres, ouvert en janvier 2018, qui se transforme l'été en allée avec jets d'eau pour les enfants. Les piles de l'autoroute, appelées « bents », rythment le lieu et portent éclairage et équipements de spectacle, sous un tablier qui culmine à 15 mètres.


Conception : Public Work · Photos : Nic Lehoux, Denise Militzer · Source
Ce qu'il faut retenir pour un projet
- Commencer par les besoins. À Shanghai, l'enquête auprès des habitants a fait émerger une demande de sport gratuit que personne n'attendait.
- Ouvrir plutôt que fermer. À Ljubljana, c'est l'ouverture permanente, et non la clé du gardien, qui a rendu le lieu sûr.
- Traiter l'air et le bruit. Placer les efforts intenses loin des sources de pollution, comme à Shanghai, et prévoir des parois légères là où la rue est trop proche, comme à Surat.
- Jouer la lumière et la couleur. Sols vifs, parois translucides, toitures qui réfléchissent le jour : sous un tablier, la couleur compense l'absence de ciel.
Questions fréquentes
Peut-on faire du sport en toute sécurité sous un pont routier ?
Oui, si l'on traite la qualité de l'air, le bruit et l'éclairage. Les concepteurs du Happy Spot de Shanghai ont consulté l'exploitant du métro et éloigné les activités les plus intenses de la voie express voisine, principale source de pollution.
Quels équipements fonctionnent le mieux sous un viaduc ?
Les skateparks, terrains de basket, tables de ping-pong et jeux d'enfants s'y prêtent bien, car ils demandent peu de hauteur et profitent de l'abri. Les exemples de Ljubljana, Barcelone, Shanghai et Toronto le montrent.
Un aménagement sportif suffit-il à rendre sûr un dessous de pont mal fréquenté ?
Il y contribue fortement s'il attire du monde à toute heure. À Ljubljana, le skatepark ouvert en permanence a créé une surveillance informelle qui a fait disparaître les usages indésirables.
Sources
- ArchDaily, the Happy Spot under the Light Rail / VIASCAPE design
- mooool, the Happy Spot under Light Rail by VIASCAPE design
- ArchDaily, The Under Space Revival / Aangan Collaborative LLP
- ArchDaily, Nursery School Under Elevated Railway in Machiya / Takahiro Akiyama Architects + Atelier HMC
- ArchDaily, Skatepark Under Fabiani Bridge / Scapelab
- ArchDaily, Baró de Viver Sports Urban Park / SCOB
- mooool, Baró de Viver Skate Park by SCOB Architecture & Landscape
- ArchDaily, The Bentway / Public Work
Article publié en octobre 2026.
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