Un parc animé à 16 h peut devenir un lieu que l'on évite à 21 h. À Melbourne, le bureau d'ingénierie Arup, le XYX Lab de l'Université Monash et l'ONG Plan International ont confronté des centaines de témoignages de femmes et de filles à des mesures de lumière sur le terrain. Leur conclusion bouscule une idée reçue : pour se sentir en sécurité la nuit, il ne suffit pas d'éclairer plus fort.
- La recherche s'appuie sur plus de 900 expériences nocturnes, sûres ou inquiétantes, recueillies à Melbourne par la carte participative Free to Be de Plan International.
- Sur plus de 80 lieux jugés les plus dangereux, le niveau moyen d'éclairement mesuré était deux fois plus élevé que sur les lieux jugés sûrs.
- La qualité de la lumière (couleur, répartition, surfaces éclairées) compte davantage que la quantité de lux.

D'où viennent les données de cette étude ?
Elles viennent d'abord des femmes elles-mêmes. En 2016, Plan International Australia a lancé Free to Be, une carte en ligne conçue avec le XYX Lab de l'Université Monash et la société Crowdspot. Les participantes y épinglaient les lieux de Melbourne qu'elles aimaient ou évitaient, en racontant leur expérience. L'enquête menée à cette occasion indiquait qu'une jeune femme de 15 à 19 ans sur trois ne se sentait pas en sécurité dans le centre-ville après la tombée de la nuit.
Les éclairagistes d'Arup ont ensuite repris plus de 900 de ces récits nocturnes. Ils sont allés mesurer la lumière sur les sites cités et ont organisé des marches de nuit avec des habitantes dans les rues du centre pour tester des principes d'éclairage en situation réelle. Les premiers résultats ont été publiés en mai 2019 par Nicole Kalms, directrice du XYX Lab, et Tim Hunt, responsable éclairage d'Arup pour le Victoria et l'Australie-Méridionale.
Plus de lumière rend-il un lieu plus sûr ?
Non, pas automatiquement. C'est le résultat le plus frappant : sur les quelque 80 « points noirs » signalés par les jeunes femmes, l'éclairement moyen était le double de celui des lieux perçus comme sûrs. Un espace surexposé crée des ombres très contrastées tout autour : on se sent vu sans voir au-delà.
Les chercheurs ont relevé plusieurs critères plus utiles que la seule quantité de lux :
- des sources multiples et régulières plutôt qu'un projecteur unique, pour éviter l'effet « plein phare » ;
- des températures de couleur plus chaudes, jugées plus rassurantes que le blanc froid des LED à 4 000 K et plus ;
- un bon rendu des couleurs, qui permet de distinguer les formes et les visages, là où les anciennes lampes au sodium écrasent tout en orange ;
- la luminance, c'est-à-dire la lumière renvoyée vers l'œil par les murs, la végétation et le sol, et pas seulement celle qui tombe sur la chaussée.
Pourquoi l'aménagement compte-t-il autant que les lampadaires ?
Parce que le sentiment de sécurité dépend de tout ce que la lumière rend visible. Selon Arup, l'éclairage reste le facteur de l'environnement bâti qui pèse le plus sur la perception de la sécurité dans l'espace public. Mais il agit avec les usages, la forme des lieux, les matériaux et le mobilier.
Pour en tenir compte, Arup a mis au point une méthode de diagnostic baptisée Night-time Vulnerability Assessment. Elle combine les principes de prévention situationnelle (CPTED), la théorie « perspective et refuge » (voir loin tout en se sentant abrité) et la théorie de la « vitre brisée », selon laquelle un lieu dégradé paraît abandonné. L'idée est simple : au lieu de vérifier qu'une rue atteint un seuil réglementaire, on se demande ce que ressent la personne qui la traverse.
Quel rapport avec le sport et la marche le soir ?
Un rapport direct : on ne court pas, on ne marche pas et on ne joue pas là où l'on a peur. Un parcours de footing, un city stade, un skatepark ou le chemin qui mène au gymnase n'est réellement accessible que si les femmes et les adolescentes s'y sentent à l'aise à 19 h comme à 15 h.
Pour une commune, l'étude de Melbourne suggère quelques réflexes :
- associer les usagères au diagnostic, par exemple lors de marches exploratoires de nuit ;
- éclairer les cheminements d'accès autant que l'équipement lui-même ;
- privilégier une lumière chaude, étagée et sans éblouissement, qui révèle les abords plutôt que de les plonger dans l'ombre ;
- soigner l'entretien et maintenir de l'activité autour des équipements sportifs le soir.
D'autres pistes pour des espaces publics plus accueillants dans nos rubriques rue, sport en ville et réflexion.
Questions fréquentes
Qui a réalisé l'étude sur l'éclairage et la sécurité des femmes à Melbourne ?
Le bureau d'ingénierie Arup, en partenariat avec le XYX Lab de l'Université Monash et l'ONG Plan International, à partir des données de la carte participative Free to Be lancée en 2016.
Un éclairage plus puissant rassure-t-il davantage ?
Pas forcément. Sur plus de 80 lieux jugés dangereux, l'éclairement moyen était deux fois plus élevé que sur les lieux jugés sûrs. La répartition, la couleur et la qualité de la lumière comptent davantage.
Quelle couleur de lumière est perçue comme la plus rassurante ?
Les participantes jugeaient les teintes plus chaudes plus rassurantes que le blanc froid des LED à 4 000 K et plus, à condition que le rendu des couleurs permette de bien distinguer formes et visages.
Sources
- Arup, Perceptions of night-time safety: women and girls
- Arup, Hoa Yang, How can lighting make our cities more inclusive? (2023)
- The Conversation, Nicole Kalms et Tim Hunt, More lighting alone does not create safer cities (mai 2019)
- Impakter, Sexism in the City: working with girls and young women to make safer cities
- ABC News, Free To Be online map shows where women feel unsafe in Melbourne (décembre 2016)
Article réécrit et mis à jour le 5 octobre 2026.
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