Un carrefour est d'abord pensé pour faire passer les voitures sans accident. Pourtant, c'est aussi l'endroit où l'on se croise, où l'on attend, où les enfants traversent pour aller à l'école. De Portland à Milan en passant par Baltimore, des habitants, des artistes et des villes en font de vraies places, avec de la peinture, du mobilier et un peu d'audace.
- Une intersection à quatre branches sans feux compte déjà 24 points de conflit entre véhicules, selon l'organisme québécois Vivre en Ville.
- À Portland, le collectif City Repair peint et aménage des carrefours depuis 1996 ; la ville a légalisé la démarche en 2000.
- Une étude de 2022 pour Bloomberg Philanthropies relève 50 % d'accidents en moins impliquant piétons ou cyclistes là où de l'art a été peint au sol.

Pourquoi voir une intersection comme un espace public ?
Parce que c'est le lieu où le plus de monde se rencontre dans un quartier. Les flux s'y croisent, les commerces y gagnent en visibilité, les habitants s'y repèrent. Vivre en Ville rappelle aussi que c'est un point dangereux : sur l'île de Montréal, près des deux tiers des collisions qui envoient un piéton à l'hôpital se produisent aux intersections, d'après des travaux de Morency et Cloutier (2005).
L'approche conviviale renverse la logique. Au lieu de seulement fluidifier le trafic, on réduit l'emprise de la voiture, on raccourcit les traversées, on donne aux gens des raisons de s'arrêter. La sécurité devient une conséquence du lieu, et non une simple affaire de signalisation.
Comment Portland a-t-elle inventé la « réparation d'intersection » ?
Par une initiative d'habitants, en 1996. Dans le quartier de Sellwood, des voisins ont installé au carrefour de SE 9th Avenue et Sherrett Street un stand à thé, une cabane pour les enfants et une petite bibliothèque, puis l'ont rebaptisé Share-It Square. Le collectif City Repair, né de cette action, la présente comme la première intersection réparée au monde.
La fresque au sol de Share-It Square représente la Terre, l'arbre de vie au fil des saisons et les maisons du voisinage qui s'envolent en oiseaux. En janvier 2000, le conseil municipal de Portland a voté une ordonnance qui autorise les quartiers à créer de tels lieux de rassemblement dans certains carrefours. Peindre la rue est devenu un rendez-vous collectif, repris depuis dans de nombreuses villes.

La peinture au sol rend-elle vraiment les carrefours plus sûrs ?
Les premières mesures vont dans ce sens. L'Asphalt Art Safety Study, menée en 2022 par le cabinet Sam Schwartz pour Bloomberg Philanthropies, a comparé des sites avant et après l'arrivée de fresques au sol. Elle relève 50 % de collisions en moins impliquant piétons ou cyclistes, 37 % d'accidents avec blessés en moins et 27 % de conducteurs en plus qui cèdent le passage aux piétons.
La peinture fonctionne d'autant mieux qu'elle redessine la géométrie. À Baltimore, l'agence d'art public Graham Projects associe ses fresques à des avancées de trottoir tracées au sol et protégées par des balises. Devant l'école Barclay, les couleurs bleu et orange de l'établissement dessinent des cheminements à pois blancs qui raccourcissent la traversée des enfants. Dans le quartier de Remington, le projet Remingtopo (2022) a transformé un carrefour à cinq branches en espace de rencontre, avec des lignes topographiques qui évoquent un ruisseau disparu sous la ville.
À gauche, les traversées de l'école Barclay ; à droite, Remingtopo (2022). Conception et images : Graham Projects, Baltimore.
Que peuvent apporter le jeu et le mobilier ?
Ils transforment un lieu de passage en lieu où l'on reste. À Milan, le programme Piazze Aperte a converti en septembre 2019 un carrefour du quartier NoLo, entre via Spoleto et via Venini, en place piétonne. Le sol peint en jaune et en bleus accueille bancs, jardinières, arceaux à vélos, tables de pique-nique et tables de ping-pong, devant une école primaire dont les élèves ont participé à l'inauguration. La ville l'a monté avec Bloomberg Associates et le soutien de la Global Designing Cities Initiative de la NACTO.
La recette est reproductible : de la peinture, du mobilier léger, quelques jardinières pour fermer la circulation, et un test grandeur nature avant tout aménagement lourd. Retrouvez d'autres idées dans nos rubriques rue et nudge.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une intersection conviviale ?
C'est un carrefour aménagé pour les personnes autant que pour la circulation : traversées courtes, vitesse réduite, mobilier, couleurs et usages qui invitent à s'arrêter et à se rencontrer.
Qui a lancé les intersections peintes par les habitants ?
Le collectif City Repair, à Portland (Oregon), avec Share-It Square en 1996. La ville a encadré la pratique par une ordonnance en 2000.
La peinture au sol améliore-t-elle la sécurité ?
Une étude de 2022 pour Bloomberg Philanthropies observe 50 % de collisions en moins impliquant piétons ou cyclistes sur les sites peints, et plus de conducteurs qui cèdent le passage.
Sources
- Vivre en Ville (Collectivités viables), Intersection conviviale
- The City Repair Project, Share-It Square
- Wikipedia, City Repair Project (ordonnance de Portland de 2000)
- Graham Projects, Remingtopo
- Comune di Milano, inauguration de la Piazza aperta de NoLo (19 septembre 2019)
- Cool Hunting, résultats de l'Asphalt Art Safety Study (Bloomberg Philanthropies, Sam Schwartz)
- Bloomberg Philanthropies, Asphalt Art Initiative
Article réécrit et mis à jour le 5 octobre 2026.
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